Ô Muse, conte moi les aventures du clairvoyant: Celui qui ravagea Hëvenao, qui pendant des années erra, Voyant beaucoup de planètes, massacrant beaucoup de peuples, Souffrant beaucoup d'angoisses dans son âme dans la toile infinie Pour défendre sa vie et le retour de son armée.
C'est l'homme aux mille pouvoirs psychiques, Muse, qu'il faut me dire, Celui qui tant erra, quand, de Hävenao, il eut tué le dernier humain, Celui qui visita les galaxies de tant de races et connut leur esprit, Celui qui, dans l'immensité, passa par tant d'angoisses, En luttant pour survivre et ramener ses gens.
Ainsi donc, ce beau matin d'octobrum, Le grand prophète Dundee sentit l'appel. Le jour avait pourtant bien commencé: Le soleil encore timide brillait, La faune locale gazouillait gaiement, Et Dundee vagabondait dans son jardin d'hiver. Rien ne laissait donc présager de l'ire qui allait le submerger. Et pourtant, au détour d'un sentier, ce fut là. Au début, il s'agissait plus d'un tintement lointain, Doux carillon raisonnant avec le vent, A peine une distraction.
A peine une heure plus tard, l'agréable clochette s'était transformée en un cœur de marâtres hurlantes, le sommant de se rendre au plus vite sur Hävenao. Mais quelle époque, se dit Dundee. Faut-il que les humains soient si peu polis, Pour me tancer ainsi, de me rendre à une sauterie A laquelle est d'ailleurs invitée la lie de la galaxie. Ah vraiment, quelle époque.
Ce faisant, il convoqua son conseil. « Ils sont un peu jeunes, mais savent se tenir, au moins. » Et les voici tous réunis, dans l'atrium ouest. Ils sont tous là: Dundee le prophète vénéré pour son grand âge, Jolra le furtif, archonte squelettique au teint blafard, Horncho le brave, dont la voix inspirait des miracles, Jil'partha le tardif, un peu handicapé par son embonpoint, Mass eltor dit « barre de fer » pour des raisons que la morale réprouve, Ral'zorn le mélancolique, au chant déchirant de beauté, Et Hector, le petit dernier, toujours sujet aux moqueries de se pairs.
Ils étaient tous là, solennels et beaux, Assis, attendant de connaître le motif de cet appel. Aucun ne parlait, aucun n'osait même esquisser le moindre geste.
Dundee se leva, et dit d'une voix pitoyable: Chers amis, il y a un temps pour l'action, et un pour l'apathie. Cette fois ci, les hommes sont allé trop loin, et il nous faut réagir. Le vieux perd la boule, fit remarquer Jolra sotto vocce. J'entends donc emmener un contingent de notre armée Et stériliser ce monde nommé Hävenao. Telle est ma décision. Sur ces mots, il se leva et quitta la salle.
Horncho se leva à son tour, et regardant Hector dit: Ah quel malheur que notre vénéré prophète parte ainsi, Lui qui nous guida à travers la toile toutes ces années, nous ne pouvons le laisser partir vers une mort certaine. Toi Hector, toi que nous appelons aussi le retors, Ne pourrais-tu pas partir avec lui, et tenter de nous le ramener? A ce moment précis, les quatre autres regardèrent Hector, l'air goguenard.
Ce dernier écarta les bras, et dit d'une voix déchirante: Ah pourquoi mon destin est-il de me voir si mal employé! Chaque jour, on me confie des tâches ingrates ou sans intérêt. Des périls? Une mort certaine? Vous faîtes grand cas de peu de choses. Je ne trouverai là bas qu'une poignée d'orks abrutis, Des space-marines malades ou alcooliques, Des humains boiteux, borgnes, manchots ou trépanés, Des taus complètement shootés au bien suprême, Ou encore quelques tyranides à moitié morts de faim. Pourquoi faut-il que je courre chaque jour après ce vieillard sénile, L'accompagnant sur chaque planète en ruine, et chaque amas désert? Est-ce donc toute l'estime que vous avez pour moi?
Les autres acquiescèrent.
Et bien je pars, et si je reviens, ayez une plus haute opinion de moi!
Et ils partirent en guerre. |